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L’université algérienne... Terra incognita

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L’université algérienne... Terra incognita

Au-delà des chiffres et nonobstant les budgets qui lui sont alloués, que représente l’université dans la formation sociale algérienne ? A-t-elle une identité ? Connait-elle ses finalités ? Mesure-t-elle ses

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Au-delà des chiffres et nonobstant les budgets qui lui sont alloués, que représente L’université dans la formation sociale algérienne ? A-t-elle une identité ? Connait-elle ses finalités ? Mesure-t-elle ses performances ?



Avec la nouvelle configuration de l’enseignement, L’université algérienne intègre le système LMD (licence, mastère, doctorat ou bac+3, bac+5, bac+8), initié dans un processus d’internationalisation des systèmes universitaires afin de les faire converger vers des niveaux de référence communs. D’un point de vue logique, on peut considérer que chaque système universitaire s’intègre dans le processus selon des modalités qu’il choisit librement. Si le LMD se présente comme une réforme tenant compte des réalités locales sans uniformiser les systèmes, il appartient à chaque pays de décider de la forme d’harmonisation des cursus et des diplômes et définir son modèle spécifique. Sauf que si l’université européenne est une vieille dame en progression continue, l’université algérienne, si jeune, est déjà bien mal en point : objectifs pédagogiques, contenus des programmes et méthodes d’enseignement sont obsolètes. En matière de performances, elle fait preuve d’inaptitude à se conformer aux normes pédagogiques internationales. Les universités algériennes se situent au bas du tableau selon le classement mondial effectué par le site Ranking Web of World Universities (l’université de Bab Ezzouar est 67e en Afrique et 7008e au classement mondial). Et il n’est pas assuré que le LMD et la mise en place de grandes écoles donnent plus d’opportunités à son ancrage dans la société. L’Algérie et l’ensemble des pays arabes dépensent des milliards de dollars pour la formation, mais la crise de la qualité qui affecte l’université s’installe dans la durée. Alors que les réformes sont axées sur le côté quantitatif, la qualité de l’enseignement laisse à désirer.Selon une étude récente, 70 000 diplômés arabes fuient leurs pays et sur les 100 000 étudiants, entre Libanais, Syriens, Algériens, Irakiens, Jordaniens, Egyptiens, Tunisiens et Marocains, 70% des scientifiques préfèrent, à la fin de leur formation, l’exil vers l’Europe, les Etats-Unis et le Canada. 54% des étudiants arabes envoyés en formation à l’étranger ne reviennent pas dans leur pays. Si l’on devait fixer les points d’intervention, on citera pêle-mêle l’organisation interne et la gestion, la faible exploitation des ressources, la pertinence de l’enseignement, les critères d’accès à l’enseignement supérieur, la formation des formateurs, la gestion du temps pédagogique, le rendement des formations, la formation continue, le partenariat, la recherche et son évaluation,... De même, on citera l’autonomie des établissements, le mode de désignation des responsables (cooptation par les pairs ou allégeance ministérielle), la professionnalisation des filières, le financement de la recherche et enfin le rendement du système éducatif. Les universités sont donc obligées d’entreprendre un réexamen de leurs fonctions dans un monde en transformation rapide.
1. Une gestion schizophrénique par les chiffres
Le nombre d’étudiants pour cette rentrée a atteint 1 164 137 étudiants (tous cycles confondus). L’encadrement est estimé à près de 35 000 enseignants dont près de 7000 sont de rang magistral. Le taux moyen d’encadrement est de l’ordre d’un enseignant pour 30 étudiants. Les capacités d’accueil sont estimées à 1,2 million de places pédagogiques, selon les chiffres avancés par le ministère. Pourtant, cet équilibre physique est trompeur. Comment relever le double défi qui résulte de la croissance des effectifs et de la quête du maintien de la qualité académique : effectifs importants par rapport aux locaux et au nombre d’enseignants que l’université doit accepter, mais ne peut gérer. La première question sera donc : quelle fiabillté accorder aux indicateurs de croissance des effectifs ? La deuxième question est quelle capacité a-t-on d’anticiper cette croissance , autrement dit, quelle capacité d’accueil est-on en mesure de déployer sachant qu’on anticipe tel volume de flux corrélativement à un cycle de périodicité qui, comme pour les cycles de produits, est éclaté sur deux voies : l’une de trois/cinq ans et l’autre de quatre/cinq ans, ce qui, grosso modo et sans tenir compte des répétitifs, correspond aux durées des études de graduation en cycle court et cycle long, selon les filières, nonobstant la filière médicale au cycle spécifique. Ce qui peut apparaître comme un signe de bonne santé, la croissance des effectifs n’est qu’une remise en cause perpétuelle des modes d’absorption de flux. Car, bien que le pourcentage de réussite au baccalauréat soit encore dérisoire, oscillant entre 20 et 25%, voire 30%, il n’est pas indexé au taux de réussite d’une classe d’âge arrivant au baccalauréat. C’est le seul véritable indicateur du niveau des élèves et le satisfecit qui accompagne chaque année les résultats du baccalauréat ne peut faire oublier ce gâchis. En outre, cela se détermine sans une évaluation qualitative de ces flux à cause du manque de temps, mais aussi d’une défaillance dans les processus d’une orientation peu maîtrisée. Et chaque année se reproduit le même scénario avec de nouveaux figurants. Quant à l’appréciation de la qualité de ces flux, elle est reportée pour cause de bousculades aux portillons. Le mythe de Sisyphe est ici en son royaume. Que faire alors ? D’abord, réduire le temps pédagogique magistral, c’est-à-dire moins de cours en amphi, des groupes plus petits, davantage d’accompagnement dans le suivi des stages en milieu de travail afin d’en finir avec des diplômes offrant peu de perspectives d’emploi et changer les mécanismes d’orientation des élèves issus de l’enseignement général. Les bacheliers, véritable propédeutique au monde universitaire qui arrivent en première année, n’ont pas le profil d’il y a vingt ans. En termes de qualité, il y a d’ énormes déficits : disciplines ou niveaux non couverts du fait du décalage entre besoins du pays et ressources universitaires. Comment prétendre relever des niveaux de formation quand, dans le même temps, les textes les plus laxistes sont promulgués pour la progression des étudiants et l’évaluation des connaissances ? S’ajoute un second double défi résultant de la limitation du financement public, avec une gestion plus rigoureuse des établissements et, d’autre part, le développement du marché de l’emploi. Ce sont donc quatre contraintes majeures qui pèsent sur l’université : l’accroissement des effectifs, une limitation budgétaire qui n’est pas le résultat des restrictions d’allocations de ressources mais induite par le développement du secteur lui-même, la désincarnation des formations par des produits délétères, coûteux et longs, causant une tension insupportable sur le marché de l’emploi, l’inadaptation des structures avec une centralisation des pouvoirs provoquant inefficacité et pratiques dévoyées au sein de l’administration universitaire et une administration centrale et de rectorats très tatillons. Les fonctions administratives sont privilégiées et ont pris de l’importance, servant d’accélérateur de carrière à ceux qui n’avaient pas l’étoffe pour devenir de grands chercheurs. L’amélioration de la gestion, l’utilisation optimale des ressources humaines, financières et matérielles exigent de définir des solutions innovantes pour réduire les déficits. L’université ne peut fonctionner en vase clos, travaillant à sa propre reproduction. Elle doit consentir à ce pour quoi elle est faite : un lieu de production des connaissances et des compétences.

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2. Une pédagogie inexistante et vaine
Relever les défis du nombre ne saurait constituer la seule préoccupation. Figé sur une vision pédagogique physique, l’espace vital d’une université débordée restera problématique pour les 25 ou 50 années à venir. Du mythe de Sisyphe, on plonge sans bouée dans le tonneau des Danaïdes ! Que faire alors ? A défaut de plan d’ensemble, le plan d’urgence serait le changement des premiers cycles. La première action consistera à amorcer une réduction des durées des formations trop longues et adapter les structures de la formation aux critères de qualité et d’efficacité. Changer les premiers cycles qui n’offrent pas la souplesse pour une adaptation aux attentes des diplômés et aux demandes des utilisateurs. Qu’est-ce à dire ? Il convient de comprendre que la réduction de la durée des études ne saurait s’opérer que dans le cadre d’une réforme des structures de l’enseignement et qu’il s’agira d’introduire une différenciation entre des formations de qualification professionnelle et les formations pour les activités de la science et de la recherche. Pour ce faire, il y aura lieu de préserver la qualité du baccalauréat tout en mettant l’accent sur des matières liées à la vie professionnelle.
C’est ce type de défaillance qui a conduit à un déséquilibre sur le marché du travail qui souffre d’un manque flagrant de qualification professionnelle alors que le nombre d’étudiants n’a pas cessé de croître. Cela conduit à terme au freinage de la croissance économique. Le système actuel produit angoisse, frustration, injustice et inégalité au nom de la démocratisation de l’enseignement supérieur et à cause d’un système d’orientation fixant des barrières neutres à l’entrée, mais aveugle sur les vocations. Repenser l’orientation à tous les niveaux du cursus et pas une orientation dirigiste qui instaure des numerus clausus par la méthode des quotas à travers les procédures d’in******ion post-bac aléatoire. Il s’agit de réhabiliter les filières professionnelles car le diplôme tel qu’il est délivré actuellement n’ouvre pas droit à l’emploi. Plus de la moitié des bacheliers d’une classe d’âge se précipite vers la filière biomédicale, délaissant les filières techniques et professionnelles. Pourquoi ? Les filières qu’on dit générales (psychologie, sociologie, droit) sont aussi des filières professionnelles. Il ne s’agit pas d’opposer filières technologiques et filières générales, scientifiques et humaines. Une science sans humanités n’a nulle part droit de cité. Donc, que l’on fonctionne sur le registre du plan d’urgence ou du plan d’ensemble, ce qui compte, c’est de développer des filières professionnelles avec des diplômes qui collent aux demandes des employeurs, sinon rien ne sert d’offrir des formations qui débouchent sur des refus de recrutement ou des pénuries d’offres. La première sélection, à rebours, commence dans l’affectation des bacheliers : faire croire que la démocratisation a permis de rogner la sélection est un grand leurre. En réalité, la sélection existe et se produit d’elle-même. Les grandes écoles et les pôles d’excellence c’est de la sélection ! L’affectation à partir des moyennes du baccalauréat, c’est aussi une sélection anonyme, puisque c’est l’ordinateur qui y procède mais reste un système cynique qui produit une sélection inégale et inadéquate, consistant à affecter les meilleurs bacheliers dans les filières dites nobles, sans savoir si dans les autres filières, les métiers de l’ingénieur par exemple, ce sont les meilleurs qui y vont ! Il est plus simple de revenir à la sélection classique du meilleur qui gagne et laisser ainsi tout bachelier s’inscrire où il veut, sachant qu’il faut un concours au préalable ou une propédeutique. Le baccalauréat, faut-il le rappeler, n’est pas un concours ! Un hôpital qui aurait les meilleurs médecins serait le plus minable des hôpitaux s’il fonctionnait avec un personnel paramédical formé au rabais ou avec des gestionnaires sachant à peine calculer une rallonge budgétaire ou un ratio d’occupation des lits ou avec de mauvais techniciens ne sachant pas maintenir les équipements de radiographie ou de climatisation !
3. Une irrationalité des choix budgétaires
Assurant une mission de service public, L’université fait l’objet de dotations budgétaires de l’Etat. Mais avec la progression des effectifs et un développement conséquent de la recherche, l’Etat ne peut rester seul à mettre la main à la poche de façon constante et croissante. Le développement de la recherche exige des financements colossaux. La rallonge budgétaire annuelle ne règle pas le problème de massification du nombre d’étudiants ni celui du pouvoir d’achat des personnels enseignants et ATS ni encore moins celui des équipements et acquisitions documentaires, sans parler des connexions électroniques devenues incontournables. Quant à la prise en charge des conditions de vie de l’étudiant, il est prudent de ne point l’évoquer tellement celles-ci se sont dégradées. S’il faut une loi de programmation budgétaire pour l’enseignement supérieur, il y a nécessité d’un programme d’action qui, comme le réclame le CNES, « permettra à L’université algérienne d’acquérir son autonomie, tout en restant fidèle à sa mission de service public et d’en finir avec la gestion centralisée et rentière qu’elle a connue jusque-là et qui est en train de l’asphyxier ». Développer une rationalisation des choix budgétaires au sein de L’université n’est ni un luxe ni une vue de l’esprit lorsqu’on relève les comportements de son administration. Ne voit-on pas des établissements souffrir d’un manque flagrant d’équipements pédagogiques élémentaires, alors que des dépenses de décor, aussi inutiles qu’indécentes, ne trouvent nulle part leur justification, sachant que l’administration d’une université si elle se doit d’être présentable, se suffit de sobriété au bénéfice de son prestige intellectuel. Il y a comme une espèce de paranoïa qui saisit des gestionnaires, au demeurant occasionnels puisqu’enseignants, mais qui s’érigent en personnalités extra muros. La rationalisation des choix budgétaires permet de freiner des comportements dispendieux et inutiles qui ne servent guère son image. L’université ne brille que par le renom de ses laboratoires et la qualité de ses publications et non par le standing des bureaux de ses gestionnaires, encore moins la classe dans laquelle ils voyagent ! Les programmes d’action seront soumis au contrôle interne de conseils d’administration qui assument concrètement leur droit de gérer et l’élaboration collégiale des politiques. Rien ne devrait empêcher un établissement d’offrir à son environnement la gamme de formations appariée à ses besoins et trouver les moyens de son ambition. A charge pour les autorités centrales d’accorder les habilitations pas du point de vue étriqué d’une carte universitaire administrative ou d’une régulation qui ne résiste pas aux faits. La répartition des moyens s’établira sur la base des performances obtenues, cela confortera la demande des enseignants pour une gestion démocratique autant que rationnelle. Revoir le travail des enseignants afin de les conformer aux critères de rentabilité exigés par l’autonomie, sinon l’échange resterait inégal. L’autonomie oui mais avec une obligation de performance. Plus de situation rentière sans contrepartie, plus d’avancement administratif dans la carrière sans une évaluation de la recherche et des publications. Combien sont-ils ces enseignants propulsés administrativement au rang de professeurs sans jamais avoir rien publié de probant, ni manuels, ni articles référencés, ni résultats de recherche, ni polycopiés parfois ? Renforcer la responsabilité et l’autonomie des universités par le truchement d’allocations de ressources orientées aux résultats, aussi bien dans les produits que dans les contrats de recherche avec l’industrie, l’agriculture, les services : la professionnalisation est à ce prix. Les changements porteront sur le management pour apporter une souplesse accrue. Chaque université doit développer ses propres stratégies en matière de formation et de recrutement, à condition de la débarrasser des entraves bureaucratiques et des enseignants sans vocation, sans perdre de vue la qualité d’un enseignement public au service d’une nation.



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